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La Chapelle-Launay dans la poche

de Saint-Nazaire (1944-1945)

Du mois d’août 1944 au 11 mai 1945, la commune de la Chapelle-Launay a été incluse dans la Poche de Saint-Nazaire, avec un prolongement de l’occupation allemande de 9 mois supplémentaires, alors que la France était peu à peu libérée. Un peu moins de 30.000 soldats Allemands et plus de 100.000 civils Français se trouvent ainsi "empochés". Avant, pendant et aussitôt après la Poche, l’histoire locale a été marquée par des épisodes qui sont plus ou moins restés gravés dans les mémoires.


L’OCCUPATION

Le camp britannique de la Berthelais

Dès la "Drôle de Guerre" (1939-1940), l’armée britannique alliée débarque à Saint-Nazaire munitions, matériel de guerre et vivres. A la Berthelais, un camp est aménagé. Pour y accéder, un embranchement ferroviaire est installé par le corps britannique du Génie : « Cette ligne passait au sud du village de la Brière, continuait vers la Bosse, tournait au nord de la Simmonais, pour passer à l’est de la Barraterais, tournait encore pour arriver par le sud du village de la Berthelais jusque dans le camp » [1].

Carte d'Etat Major de la Berthelais

Marcel Cachin clandestin à la Chapelle-Launay

Marcel CachinPendant l’ Occupation, à la fin de l’été 1942, Marcel Cachin - l’un des fondateurs du PCF au Congrès de la SFIO à Tours en décembre1920, devenu ensuite directeur du journal l’Humanité fondé par Jean Jaurès – sénateur de la Seine déchu en 1939, séjourna clandestinement quelques semaines à la Chapelle-Launay. Pierre George, alias Colonel FabienVite repéré dans une commune très fréquentée par les Allemands, il s’éclipse discrètement en train à la gare de Savenay, aidé par un petit groupe de résistants communistes venus de Paris, parmi lesquels Pierre George, futur Colonel Fabien [2].

LA POCHE

Avant le débarquement des alliés en Normandie, le 6 juin 1944, Hitler avait établi par décret la liste des ports de l’Atlantique à protéger à tout prix : Cherbourg, Saint-Malo, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, Royan et le Verdon, qui reçurent l’ordre de résister jusqu’au dernier homme.

Après la percée d’Avranches, en juillet 1944, les alliés sont à Nantes les 4-5 août. Mais ils foncent ensuite vers l’est, laissant de côté l’ensemble de la Bretagne. Des groupes de F.F.I. se forment alors et prennent position aux limites de la future Poche. Le corps franc du Capitaine Josso, formé de groupes de Savenay, Lavau-sur –Loire et Couëron investit ainsi Saint-Etienne de Montluc bien avant l’arrivée des Américains.

La Poche de Saint-Nazaire était limitée, au nord de la Loire, par la rive gauche de la Vilaine, la Roche-Bernard, Nivillac, le canal de Nantes à Brest, Guenrouët, Bouvron, Cordemais.

RESISTANCE ET LIBERATION

Gabriel Jarnaud, jeune enseignant SFIO [3] de la Touche Basse à la Chapelle-Launay, insoumis au STO [4], entre dans la Résistance à 24 ans. D’abord au mouvement Libération Nord à Nantes, il prend plus tard contact avec le 1er Bataillon FFI [5] . Vue sa bonne connaissance du territoire de la Poche, il est rapidement chargé de l’écoute et du décryptage des communications allemandes. En même temps, il fait un travail d’organisation des groupes de résistance existants, notamment un groupe dépendant du " Front National " [6].

A la Chapelle-Launay un tel groupe de 9 membres, d’une moyenne d’âge de 31 ans, ouvriers nazairiens (ajusteurs, chanfreineurs, mécaniciens…) réfugiés dans la commune, la plupart communistes, est alors dirigé par Roger baron, et compte également Albert Glotin, Joseph Lemoine, Thomas Alvarez, Georges Chédotal, et Louis Guéguan. A la Libération, Roger Baron recrute au Front National presque tous les résistants locaux, sauf un, y compris les non-communistes, socialisants ou sans parti, mais tous de gauche : Albert Glotin, Jean Billy, Alexandre Queneau, Victor Guichard. Il comptera bientôt 23 membres, mais avec un seul agriculteur, Théophile Lemoine.

Comme le confirme d’ailleurs Jarnaud lui-même : « Il y avait un groupe dépendant du Front National. Je suis entré en contact avec eux et nous avons constitué des réseaux de renseignement. Mon travail a été de faire le point des forces en présence sur la ligne de démarcation et de l’armement dont elles disposaient ».

Le même groupe constitue ipso facto un Comité Local de Libération (CLL) pour Savenay et les communes voisines. Or le 20 mai, un appel officiel est lancé demandant « aux patriotes et à tous les bons Français de faire leur devoir en dénonçant les coupables » de faits de collaboration. Quelques jours avant la Libération de la Poche, Gabriel Jarnaud est ainsi chargé de consulter les archives de la Kommandantur de Savenay, en tant qu’agent de l’Armée de l’Atlantique, appartenant à "l’antenne de Nantes", afin d’y repérer les collaborateurs.

Les CLL sont ainsi conviés à un travail de regroupement et de tri. S’agissant des dossiers transmis le 18 juin au CLL de la Chapelle-Launay, on y trouve des témoignages d’importance fort inégale, allant, pour une dizaine de cas, du propos malséant (« Quoiqu’il arrive je préfèrerai les Allemands aux Français !… ») à la dénonciation aux Allemands, voire au crime, mais en passant avant tout par la collaboration économique.

Cependant, après dactylographie des manuscrits originaux certifiée « conforme à l’original », et transmission au 5e bureau, il n’est pas question pour le CLL de se substituer aux gendarmes ou aux policiers du Commissaire Antonini. Pourtant : « à quand la véritable épuration ? » s’indigne Guitton, patriote de la Chapelle-Launay, quelques mois plus tard .

Politiquement, Jarnaud est également chargé par Ganachaud, responsable du CDL (Comité Départemental de Libération), d’indiquer des personnalités qui, dans son secteur de Savenay, seraient susceptibles d’exercer des responsabilités municipales. Ses conseils étant suivis, le docteur Halgand et Bozec, directeur de la fromagerie, remplacent respectivement les maires décédés de Savenay et la Chapelle-Launay. Bozec prend même un temps la présidence du CLL de la Chapelle-Launay. Mais ses réunions se font de plus en plus rares – pas plus de trois ou quatre – et, avec la reconstitution des partis, la vie politique normale reprend peu à peu ses droits.

Sources :

  • AREMORS, «  La Poche de Saint-Nazaire du 4 août 1944 au 11 mai 1945  », Cahier n°5, Saint-Nazaire, 1985, 80 p.
  • Groupe d’Histoire Locale Amicale Laïque de Savenay : «  Mémoires de 1939 à 1945 : Savenay et son secteur survivent dans la Poche de Saint-Nazaire  », Savenay, 2002, 250 p.
  • Groupe d’Histoire Locale (Etudes & Réflexion), Amicale Laïque de Savenay : «  150 ans de chemin de fer à Savenay, de 1857 à 2007  » Savenay, 2006, 195 p.

[1] Témoignage de Suzanne Viaud David dans GHL-ALS, « 150 ans… », ouv. cité

[2] Id., p.167.

[3] Section Française de l’Internationale Ouvrière, nom du parti socialiste à l’époque

[4] Service du Travail Obligatoire, instauré par le Régime de Vichy, le 16 février 1943

[5] Forces Françaises de l’Intérieur, fusion entre les FTP, Francs Tireurs et Partisans communistes et FFL, Forces Françaises Libres gaullistes

[6] Exactement : "Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France", créé à l’initiative du Parti Communiste au début de l’été de 1941. Un nom usurpé depuis, on le sait, par l’extrême-droite nationaliste française.


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